Et j'ai fini par laisser passer le temps moi aussi. A réfléchir à sa drôle de guerre, aux pommiers, puis à mon cou, mon nez, puis à toute autre chose. Les giboulées en février, les jours qui s'étendent à loisir sur mes nuits, les objets trouvés, la mouche, le talon de trois puis de cinq centimètres, la vie.
Comptine pour toi ma Louise, ma barbarie, mon indécise, mon caïman, belle.
Lou-ise. Tu mettais toujours deux syllabes là où il n'y en n'a qu'une. Pour laisser le temps à mon nom d'atteindre les nuages, trois, cinq centimètres. Monter, monter le long des figuiers géants aux feuilles élastiques (nous y laissions, avec nos ongles, des accents ronds). Là où seule j'accède dans mes moments de liberté, entre l'éclipse et le sublime, dans des plis de robes éculées et de billets manuscrits.
Je repense à tes louanges sans superlatifs.
Dire Louise en deux temps c'est lancer un baiser dans l'air. Avancer les lèvres un peu comme pour siffler.
Je me souviens, çà bougeait, çà tournait sur soi-même ou prenait des couleurs…Peu de temps après, je me suis retrouvé à jouer à la dînette avec tout mon équipage. Je dressais une jolie table de singerie, approchais des sièges confortables pour nos faux-culs et beurrais des tartines aux tartuffes.
Parce qu'il n'y a plus de décence lorsque l'odeur de renfermé s'attaque à la personne et que je tenais encore aux belles tournures. Comme tu étais beau, Pacôme tu étais beau. (Y'a-t-il là dedans la dignité après laquelle je cours?)
Maintenant je me lève de table lorsque j'ai envie d'écrire ou de pisser et mes giboulées passent pour un grain sur la plaine.